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Interview de Bernard Chabbert
« TRANSMETTRE LA PASSION, PROLONGER LE REVE »
Trois questions à Bernard Chabbert, Commissaire général du « Centen’Air 2010 – 100 ans de l’aviation à Bordeaux Mérignac », Expert du Comité de pilotage de « La Conquête du ciel ».
Que représente pour vous l’exposition « La Conquête du ciel » ?
Pour le pilote que je suis, entré après ses années d’apprentissage et d’épanouissement, dans la dernière ligne droite de sa trajectoire : le partage, « La Conquête du ciel » est une opportunité exceptionnelle de transmettre ma passion de l’aviation, pour prolonger le rêve le plus vieux de l’humanité. Pour de multiples raisons, la culture aéronautique est, non pas en perte de vitesse mais en péril. Le voyage en avion a perdu de son romantisme, les métiers aéronautiques ne suscitent plus autant l’émerveillement, la fierté régionale qui animait les berceaux de l’aviation et de l’aéronautique se dilue dans la mondialisation. Pire, l’avion est diabolisé pour cause d’attentats du 11 septembre ou de réduction des pollutions…
Un événement tel que « La conquête du ciel », permet de rappeler l’incroyable chemin parcouru grâce à l’avion. Imaginez-vous ! Mon grand-père qui circulait en charrette, n’a jamais été plus loin que la préfecture de son département. Son fils, pilote de l’aéropostale, a franchi l’Atlantique. En 1970, jeune journaliste à Europe 1, j’étais à Houston pour couvrir l’incroyable épopée du retour d’Apollo XIII. Quant à mon fils, pilote de Boeing 777, il a déjà survolé le monde par tous ses chemins aériens. Sans parler d’Eve, mon épouse qui, dans une vie précédente - avant de devenir réalisatrice de documentaires, a été hôtesse de l'air à Air France dont onze années passées sur Concorde…
Pourquoi se pencher aujourd’hui sur l’Histoire ?
L’objectif du « Centen’Air 2010 » n’est pas tant de se retourner sur cette page de notre histoire, aussi extraordinaire soit-elle, que de s’arrêter sur un fait de société majeur. Il y a100 ans environ, l’homme devenait oiseau. Depuis, l’histoire s’est emballée et nous avons foncé tête baissée vers le ciel et l’espace. Mais les meetings aériens qui, hier, faisaient voler le futur ; les mirages ou les rafales, font désormais la part belle au passé, et les mangas ou la TV réalité ont relégué Buck Danny et les Chevaliers du ciel au rayon vintage… L’heure semble venue de prendre le temps de nous arrêter et de réfléchir à la direction que nous voulons prendre. C’est à ce prix que nous pourrons reprendre l’aventure, renouer avec le rêve de ciel.
Le rêve, serait la clé de toute cette aventure ?
Sans aucun doute. C’est lui qui, au tournant du 19e siècle, a réuni un groupe de visionnaires au sein de l’Aéroclub de France : hommes de tous horizons animés par le seul rêve de s’arracher du sol et de partir à la conquête du ciel. C’est lui aussi qui a donné le courage aux pionniers de tenter l’impossible exploit, souvent au prix de leur vie ou de leur fortune. C’est lui encore qui fait qu’aujourd’hui, près de 105 000 aviateurs professionnels ou amateurs français défient la gravité, assument la responsabilité de centaines de passagers et pilotent des engins de très haute précision valant plus que des fortunes. Vous savez, même après des centaines d’heures de vol et des milliers de voyages, rien ne me procure autant de sérénité et de jubilation que de voler. Car il n’y a qu’au milieu du ciel que l’on vit pleinement les trois dimensions de notre univers.
Au début était le rêve. Et le rêve est resté. Les enfants qui, comme moi, ont la chance de grandir sous l’aile d’un avion, connaissent ce secret. A nous de le partager avec tous les enfants du monde.
Bernard Chabbert
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